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Dans le cadre de la sénéchaussée du Maine, Gandouard et Ruillé sont avant tout des arpenteurs. Malgré un état apparemment modeste cette fonction est importante sous l’Ancien Régime. Depuis 1575 et un édit royal d’Henri III, l’arpenteur détient un office dont la création est une prérogative régalienne : on parle dès lors souvent d’arpenteur juré. À partir de 1702, les titulaires portent le titre « d’arpenteur, priseur et mesureur de terres » et peuvent ajouter « royal » à cette nomenclature. En tant que remplaçants de deux arpenteurs, Gandouard et Ruillé sont amenés à occuper cette même fonction. Cependant, leur parcours personnel antérieur leur permet d’y ajouter quelques compétences.
On sait peu de chose sur eux : Gandouard est né en novembre 1727 au Mans, dans la paroisse Saint-Benoît ; il est le fils d’un marchand grainier et n’a que sept ou huit ans à la mort de sa mère. Ruillé est un peu plus jeune : il naît le 26 avril 1731 et est baptisé le lendemain par le curé de La Suze. En tout état de cause, rien ne semble les prédisposer à la fonction d’arpenteur et encore moins à celle de géomètre. Pourtant, tous deux deviennent arpenteurs des Eaux et Forêts à la maîtrise du Mans en 1765. Entre temps, ils ont donc appris les règles de l’arpentage et de la cartographie, peut-être dans le cadre de l’école de dessin existant au Mans depuis 1759. Cette école, fondée par Picard Duveau, ancien capitoul de Toulouse « natif de Saint-Ouen en Champagne », tient ses cours dans une des salles de l’hôtel de ville. Selon l’annuaire de la Sarthe, on y apprend « les différentes parties du dessin […] ainsi que la perspective et le paysage, de la géométrie pratique, de l’architecture […] » et cette école existe dans le but avoué de « la perfection des arts et métiers en faveur de ceux […] qui ne sont pas fortunés ». Le lien entre cette école et le milieu des arpenteurs, des géomètres et des feudistes semble attesté par la présence comme seul et unique professeur en 1789 de M. Lorcé, domicilié rue de Saint-Pavin, un patronyme que l’on retrouve à plusieurs reprises dans l’inventaire des archives départementales de la Sarthe, notamment associé au prénom d’Isaac Julien. En 1793 celui-ci est désigné comme feudiste et exécuté pour son appartenance à la chouannerie. Probable également est l’importance de la formation sur le tas, auprès d’un géomètre ou d’un feudiste. En tout cas, leurs capacités sont vérifiées car ils sont envoyés tous deux successivement face à Prieur du Perray, arpenteur à Baugé en Anjou, dont la fonction annexe est de vérifier les compétences des nouveaux arpenteurs de la maîtrise de Touraine, du Maine et d’Anjou. Avec l’acquisition de l’office, Gandouard et Ruillé ne sont plus seulement « arpenteurs » mais deviennent « arpenteurs des Eaux et Forêts ».
Tous deux sont mentionnés dans l’annuaire du Maine au titre d’arpenteurs géomètres experts de la sénéchaussée et des Eaux et Forêts. S’ils sont employés au sein de ces administrations, l’annuaire mentionne également leurs adresses successives, ce qui semble faire d’eux de véritables prestataires de services. Jusqu’en 1789, Gandouard loge rue Dorée, près du bureau des tailles au Mans, avant de déménager pour un bordage, acheté en 1774 paroisse de Sainte-Croix, à la suite de son mariage en 1772. Ruillé déménage également en 1789 de la rue du Mûrier pour la place des Halles, toujours au Mans. Les fonctions officielles de Gandouard et Ruillé permettent d’en savoir un peu plus sur eux, à la différence de certains feudistes qui peuvent rester totalement anonymes. Néanmoins, il demeure, notamment autour de leur apprentissage, des zones d’ombres qui ne peuvent à l’heure actuelle être levées.
Ainsi, des éclairages supplémentaires doivent-ils être apportés par l’examen des affaires traitées. Leur total, réparti entre 1769 et 1790, est assez impressionnant, de l’ordre de plusieurs dizaines. Néanmoins, chaque affaire ne nécessite pas la confection d’un plan, loin de là. Gandouard et Ruillé sont en premier lieu employés pour toutes les affaires nécessitant l’arpentage d’une terre ou d’un bois, sans pour autant que la réalisation d’un plan soit nécessaire. Ils sont également affectés à la rédaction de « montrées » pour les « héritages » de la sénéchaussée ou pour des successions litigieuses. Enfin, ils sont utilisés pour vérifier l’état de bâtiments ou d’infrastructures comme les cimetières.
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